Textes du bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites-Dalles

2002




GÉOMORPHOLOGIE LITTORALE


L'ÉROSION LITTORALE

Le contact de la terre et de la mer s'exerce surtout sur I'estran, espace compris entre le niveau des plus hautes mers et celui des plus basses mers. La différence de niveau entre marée haute et marée basse (cette différence est appelée marnage) atteint au maximum 20 mètres, mais plus couramment 2 ou 3 mètres et même moins. Mais l'érosion littorale intéresse aussi une portion de terre supérieure à la laisse de haute mer : falaises, espaces atteints par les embruns ; de plus, des zones toujours immergées appartiennent aussi au dommaine littoral en raison du travail sous-marin de la vague qui se brise.
Les côtes n'ont pas toujours été localisées à leur emplacement actuel puisque, en raison des mouvements de terrain et de ceux du plan d'eau des océans, transgressions et régressions se sont succédé au cours de l'histoire géologique. La côte est donc une position momentanée de la ligne de rivage, qui peut avoir laissé vers la mer ou vers la terre des traces d'une position plus ancienne.
La rapidité avec laquelle les formes littorales se modifient et l'intérêt de connaître les transports de troubles par l'eau de mer côtière rendent indispensable l'utilisation des méthodes de télédétection (photographies aériennes, d'avion ou de satellite ; photographies en "fausses couleurs" décalant les longueurs d'onde des couleurs pour rendre visible l'infrarouge ; thermographie, c'est-à-dire mesure à distance des températures de l'eau, etc.).

1 - LES AGENTS DE L'ÉROSION LITTORALE

Les principaux agents de l'érosion littorale sont les vagues et les courants. On n'oubliera pas cependant que d'autres actions s'exercent, en particulier la dissolution par les embruns et par le séjour des flaques sur l'estran, notamment quand la roche est calcaire.
Les vagues résultent d'un mouvement ondulatoire. Chaque molécule d'eau décrit à peu près un cercle, si bien que chaque molécule repasse sans cesse à peu près au même endroit : c'est là le propre d'un mouvement oscillatoire par opposition à un mouvement de translation qui déplace en masse les molécules.
Une vague poussée par le vent est une vague forcée. En revanche, on appelle houle la succession de vagues dues au vent, mais se propageant en dehors de l'espace où il souffle. La dimension des vagues dépend de la force du vent, de sa durée, de la dimension du plan d'eau sur lequel il souffle, c'est-à-dire de la portée ou, si l'on préfère, de la course (anglais : fetch) ; la hauteur dépasse rarement 5 m, mais on a observé plus de 24 m ; l'espacement entre deux vagues est toujours beaucoup plus grand que la hauteur.



Fig. 102 - Mouvement des particules dans la vague.
Remarquer le mouvement à peu près circulaire (orbitaire) des particules d'eau et le déferlement qui fait passer l'onde d'oscillation à une onde de translation.

A l'approche de la côte, la vague subit des modifications ; dès que la profondeur est inférieure à la demi-distance entre deux vagues, elle se réfracte, c'est-à-dire qu'elle change de direction de manière à devenir parallèle aux courbes d'égale profondeur, et à frapper la côte perpendiculairement. En effet, en avant des caps, où la profondeur diminue, la vague est freinée plus vigoureusement qu'à l'entrée des baies. En même temps, la vague subit des tranformations de forme. En eau peu profonde, le mouvement circulaire des molécules ne peut se continuer et la vague déferle, se résolvant en un paquet d'écume. L'onde d'oscillation s'est transformée en une onde de translation (fig. 102). Cette onde de translation exerce une action qui peut être très grande par pression, choc, mitraillage à l'aide des éléments solides qu'elle porte. Chaque vague déferlante transporte, creuse, dépose.

Si l'action de la vague déferlante peut être observée, celle de la vague sur le fond avant le déferlement est encore mal connue. Certains auteurs pensent qu'il se produit un travail de raclement notable à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. D'autres admettent que l'action en profondeur est faible.

2°  Les courants sont de types très nombreux. Ceux qui intéressent le plus la morphologie littorale sont les courants de débris et les courants de marée.




Fig. 103. - Courant de débris sur une plage.

a) Les courants de débris se produisent quand les vagues ne frappent pas perpendiculairement le rivage (malgré la réfraction, c'est le cas général, car la réfraction atténue l'obliquité sans la faire disparaître complètement). Le retrait se faisant avec un angle de réflexion sensiblement égal à l'angle d'incidence, les débris sont «réfléchis» à chaque vague et suivent une trajectoire en zigzag dont la résultante est un transport parallèle à la côte (fig. 103).

b) Les courants de marée. La marée elle-même n'est pas un courant au sens propre du terme. Mais un courant résulte de la marée car il est la conséquence de la différence de niveau de l'eau entre deux points
comme le courant fluvial, il a donc pour origine la gravité. Faible en haute mer, il devient rapide dans les détroits et les estuaires.

Comme le courant fluvial, le courant de marée creuse et accumule suivant des modalités compliquées que nous n'étudierons pas ici.

2 - LES FORMES: FALAISE ET PLAGE

Selon que le résultat du travail de la vague et des courants est surtout une érosion ou surtout une accumulation, la forme correspondante est une falaise ou une plage. Les deux formes se rencontrent sur une même côte, où une plage peut se construire dans un secteur abrité et une falaise se former par érosion sur un point exposé.

1° La falaise : La falaise est un ressaut «non couvert de végétation, en forte pente (entre environ 15° et la verticale ou le surplomb), de hauteur très variable au contact de la terre et de la mer, et qui est dû à l'action ou à la présence marine» (A. Guilcher).

Toute côte rocheuse n'est pas une côte à falaise, et, inversement, il peut exister des falaises dans des formations non rocheuses comme du limon. Côte rocheuse et côte à falaise ne sont donc pas synonymes.

On distingue les falaises vives, encore battues par la mer, et les falaises mortes, séparées de la mer par une zone de dépôt, par exemple de part et d'autre de l'estuaire de la Somme.

La formation de la falaise : La théorie classique de la formation de la falaise fait appel à la seule érosion mécanique par la vague des recherches récentes ont montré que d'autres processus collaboraient avec l'érosion mécanique et que le recul de la falaise était très inégal selon les roches, minime pour certaines d'entre elles.

Selon la théorie classique, en effet, c'est le coup de bélier des vagues qui mine l'abrupt de la côte, lui donne un profil en surplomb et détermine l'éboulement par pans. Mais l'encoche dite de sapement qui se forme à la base des falaises est en revanche souvent attribuable à l'érosion chimique. Elle n'est due au sapement que dans le cas de roches tendres ; ailleurs, et notamment dans les calcaires résistants, la dissolution par les embruns et par les vasques joue le rôle principal ou même, le recul de la mer peut être minime. Il arrive qu'aucune falaise ne se forme et que l'abrupt côtier n'ait aucun rapport avec le travail de la mer (il peut être dû à une flexure ou à une faille) ; on est alors en présence d'une fausse falaise (ne pas confondre avec une falaise morte, qui est due à une action marine passée).

En avant de la falaise, il existe souvent une plate-forme immergée (fig. 104) qu'on a parfois appelée plate-forme d'abrasion, mais qu'il vaut mieux nommer plate-forme d'érosion marine ou d'érosion littorale (1) puisque l'abrasion n'est pas le seul agent qui la modèle et que la dissolution joue aussi son rôle.




Fig. 104. - Falaise et plate-forme d'érosion littorale.
Falaise classique, à surplomb. Remarquer que la plate-forme d'érosion littorale se continue au dessous du niveau des basses mers.

Le profil des falaises dépend beaucoup de la nature des roches ; on peut distinguer notamment :


La plage : Une plage est «une accumulation, sur le bord de la mer, de matériaux plus grossiers que les constituants principaux de la vase», encore que certaines plages passent à des vasières dans la zone de basse mer. On réserve le nom de grève à une plage formée de galets.

Les matériaux des plages comprennent des blocs, des galets, des graviers, des sables, et même des éléments plus fins. Les matériaux fins ne proviennent guère d'un amenuisement, par action de la mer, des matériaux grossiers, mais la mer les reçoit tels quels : les sables sont issus soit de dépôts fluviatiles soit de roches préalablement arénisées, comme les granits. Mais, si la mer n'amenuise pas, du moins elle façonne : elle émousse les sables et aplatit les galets plus rapidement que ne font les cours d'eau.

La plage a une partie immergée et une partie émergée, qui se termine souvent par une crête. Les matériaux sont en général de plus en plus grossiers de bas en haut. Sur la partie émergée, naissent des dunes...

Extrait de : "Les formes du relief terrestre. Notions de géomorphologie" de M. DERRUAU (A. COLIN 2001)


(1) La plate-forme d'érosion littorale n'est qu'une partie d'un ensemble qui s'étend beaucoup plus loin vers le large, la plate-forme continentale. Ce dernier terme désigne une zone peu profonde (moins de 180 mètres qui longe le continent, s'élargissant devant les plaines, se rétrécissant devant les montagnes. Certaines mers bordières, comme la Manche et la mer du Nord, lui appartiennent entièrement. Son origine, toujours complexe, est mal connue.
Du côté du large, la plate-forme continentale est limitée par le talus continental, qui la raccorde en pente forte aux fonds océaniques. Le talus est entaillé par des vallées sousmarines, les canyons sous-marins, qui sont soit d'anciennes vallées subaériennes englouties, soit des formes dues à des courants sous-marins.



Les crustacés macroures
Les crustacés sont à l'eau ce que les insectes sont à l'air. Dans le règne animal, ils illustrent ce qui grandit, se reproduit et colonise le plus efficacement tous les milieux. Ainsi, si l'on placait dans la balance tous les crustacés contre tous les poissons, les baleines et même les éléphants, les premiers emporteraient. En tant qu'arthropodes, les crustacés possèdent un squelette externe articulé, une carapace calcifiée faite d'un polymère nommé chitine. Ce squelette sert de boîte aux viscères, aux muscles et au système nerveux. Ce dernier est rudimentaire, quelques nerfs et ganglions, mais la nature fait souvent bien et simple.
Les crustacés pondent des oeufs que les femelles gardent fréquemment avec elles, c'est plus sûr. Un oeuf donne naissance à une larve, le nauplius qui se transforme en cypris, puis en zoé, mysis et phillosome avant qu'on aperçoive à quoi ressemblera l'animal définitif. Celui-ci devra, par la suite, grandir : de temps en temps, un processus physiologique et hormonal complexe dissout son squelette externe rigide d'où il peut ainsi émerger et former une nouvelle boîte plus grande d'une taille : il mue.
Il y a beaucoup de sortes de crustacés, depuis les daphnies de nos flaques d'eau jusqu'aux Artémia chères aux aquariophiles, en passant par les terrestres cloportes et les Euphausiacés qui forment des kilomètres cubes de krill en Antarctique.
Dans cette dernière famille, on trouve la succulente et carnivore squille mante méditerranéenne dont les pinces protractiles percent les mains plus vite que l'éclair.
En fait de crustacés, le pêcheur à pied s'intéresse aux décapodes macroures. Décapodes à cause des dix pattes thoraciques et macroures en raison de la grosse queue charnue qui fait plaisir à voir dans les courts bouillons. Sur nos côtes, ces groupes sont représentés par la petite crevette grise et par le bouquet - le vrai -, deux espèces que l'on qualifie de natantia puisqu'elles nagent facilement en pleine eau. Il peut être utile de préciser que plusieurs centaines de sortes de crevettes se consomment de par le monde et qu'on les trouve sur nos marchés baptisées de noms ronflants, sans signification légale, tels que gambas, scampi, crevettes bananes, jumbo et même bouquets ; que nombre de ces crevettes s'élèvent dans des fermes tropicales ; qu'elles peuvent être, pourquoi pas, congelées et que les meilleures ne sont pas obligatoirement les plus chères.
Autres décapodes macroures, mais reptantia car peu doués pour la natation, homards et langoustes peuplent toujours les rêves et parfois la hotte du bassier. Selon la configuration des lieux et l'amplitude des marées, nafantia et reptantia se capturent tantôt à la main et au crochet, tantôt au haveneau ou a la balance. Quant à la pêche professionnelle, elle utilise pots et casiers, ou dragues et chaluts selon les armements.

Extrait de «La Pêche à pied et ses recettes», de Frédéric Mazeaud