Textes du bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites-Dalles

2001




Les Petites Dalles

Au nord de Fécamp, à dix-huit kilomètres, à peu près à mi-chemin de Saint-Valéry en Caux, se trouve la jolie station des Petites-Dalles. La route que nous suivons est tout aussi belle d'Etretat à Fécamp la voiture remonte les charmantes vallées de Valmont et de Ganzeville, passe par Colleville et Valmont, qui possède un magnifique château datant de l'époque féodale et une ancienne abbaye dont l'église renferme des merveilles de la Renaissance.
Après avoir traversé le parc du château de Sassetot, on descend le délicieux vallon où s'abrite le hameau des Petites-Dalles. C'est, comme toujours depuis le Havre, une plage de galets étroitement resserrée entre de hautes falaises et qui plonge en pente rapide dans la mer ; le sable fin commence à s'y mêler timidement aux cailloux. Séjour tout à fait intime, sans apparat mondain, les familles paisibles vivent ici dans la plus douce tranquilité. Et pourtant... grands dieux qui l'eût cru ? nous y avons vu éclater une révolution !
Notons en passant l'épisode, c'est un trait de moeurs des plages. Mme Thénard, de la Comédie française, accompagnée de quelques camarades en tournée sur le littoral, parmi lesquels Valbel, retour de Saint-Pétersbourg, venait d'arriver aux Petites Dalles et devait jouer le soir. A la hâte on dispose en salle de spectacle le grand salon de l'hôtel, servant de Casino. Mais on avait compté sans la jeunesse qui, bientôt, arrivait joyeuse à la cloche du dîner, avec l'idée bien arrêtée de danser pendant toute cette soirée réglementairement consacrée au bal. Horreur ! La salle de bal, discrètement éclairée, ressemblait à une nef d'église un jour de prêche : les rangées de sièges s'alignaient parallèles et serrées. A table d'hôte on avait commenté très passionnément ce changement subit de programme les "ascendants" étaient pour la comédie, leurs "descendants" pour les sauteries. Après le repas, de nouveaux venus, locataires des villas voisines, munis de lanternes de familles et emmitoufflés dans des "sorties" nocturnes, grossirent en nombre à peu près égal les deux camps ennemis. Il n'est pire, dit-on, que moutons enragés : la charmante artiste put à peine paraître en scène des cris aigus, où perçaients de délicieuses petites voix féminines, réclamèrent obstinément des lampions, des lampions ! Le maître de céant se contenta d'éteindre ceux qu'il avait allumés, pour faire évacuer la salle ; le vacarme continua de plus belle dans l'obscurité : quelqu'un conseilla d'aller chercher la garde Mais où ? La mer elle-même reculait devant cette révolte, c'était un doux reflux de morte eau. Bref, tout le monde battit en retraite ; comédiens, spectateurs d'âge mûr, danseurs d'âge plus tendre : "Véritable retraite de Russie, dit Valbel qui en arrivait". C'est ainsi que fut troublée tout un soir la quiétude habituelle des habitants des Petites-Dalles.

Extrait de Constant de Tours :
"Sur les côtes de la Manche. De Cherbourg au Tréport"






La Crevette Grise

Le crangon crangon des savants est un petit crustacé décapode de la variété dite natantia qui mérite également le qualificatif de macroure. Cela signifie qu'il a dix pattes thoraciques, qu'il nage en pleine eau et qu'il possède, comme toutes les crevettes, langoustes et homards, la fameuse grosse queue charnue qui nous fait saliver. Par opposition, les crabes qui vivent sur le fond de mer sont des reptantia brachyoures. Tous ces crustacés, crevette grise comprise, portent sous le ventre des pléopodes, c'est à dire des appendices qui servent à la fois à nager, à s'enfouir éventuellement et, pour les femelles, à suspendre les grappes d'oeufs jusqu'à l'éclosion.
Haveneau, pousseux ou bichette, enfin tout filet raclant un tant soit peu le sable, voilà les instruments qui servent à s'assurer de la personne des crevettes grises. La taille de ces filets est plus ou moins grande et dépend parfois de la force, souvent de l'ambition de leur utilisateur. Une petite épuisette, le bouquetout, est éventuellement nécessaire pour cueillir la récolte au plus profond de la poche et pour la transférer dans le panier d'osier ou le sac de jute humide que l'on porte en bandoulière. On s'avance alors plus ou moins dans l'eau à l'étale de basse mer, on pousse le haveneau sur le fond pendant quelques dizaines de mètres et l'on relève pour constater le résultat : le geste auguste du pécheur de crevettes.
L'inventaire du filet ordinaire est plein de charme. Outre notre proie habituelle, on y récolte divers coquillages pleins, vides ou squattés par quelque bernard-l'ermite. Il suffit de soulever les inévitables paquets de varech qu'on ne manque pas de recueillir entre deux eaux après la tempête. Le crabe enragé fréquente les haveneaux, la solette aussi : à la casserole ! La tristement célèbre vive menace en revanche les pieds nus et les doigts imprudents : peu de gloire et quelques périls.


Crevettes grises et andouilles poêlées

pour 6 personnes :

500 g de crevettes grises vivantes
150 g d'andouille
100 g de beurre
Un filet d'huile d'arachide
Gros sel, poivre

Éplucher et couper l'andouille en petits dés ou en rondelles. Faire revenir dans une grande poêle avec 25 g de beurre fondu et l'huile. Retirer et réserver.
Faire fondre le reste du beurre dans la poêle, y jeter les crevettes. Couvrir. Laisser revenir en secouant la poêle fréquemment.
Au bout de 3 minutes, ajouter les dés ou les rondelles d'andouille, saler, poivrer.
Servir ce mélange avec des toasts de pain de campagne.

Extrait de «La Pêche à pied et ses recettes», de Frédéric Mazeaud