Textes et images du bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites-Dalles

1997



AUTREFOIS...
LA SUISSE
Au bord de la Mer
LES PETITES DALLES
(Seine-Inférieure)


Sa Majesté L'IMPÉRATRICE D'AUTRICHE y a fait un séjour de 3 mois, en 1875.
Les Petites Dalles appartiennent à deux communes ; la rue principale sert de ligne séparative. La partie à droite, en se dirigeant vers la mer, dépend de Saint-Martin-aux-Buneaux (Canton de Cany); c'est la plus peuplée. La partie à gauche dépend de Sassetot-le-Mauconduit (canton de Valmont). Le chef-lieu d'arrondissement des deux communes est Yvetot. Cette plage située entre Dieppe et Le Havre, est distante de 183 kil. de Paris par la route suivant itinéraire ci-dessous.
Paris (Porte-Maillot)Maromme 6 kil.
Maisons-Laffitte 13 kil.Barentin10 kil.
Conflans Ste-Honorine10,7 kil.Yvetot 17,8 kil.
Pontoise7,3 kil. Héricourt-en-Caux10 kil.
Magny-en-Vexin26,4 kil.Le Hanouard 5 kil.
St-Clair-sur-Epte11 kil.Grainville2,4 kil.
Ecouis 20,2 kil.Ouainville6 kil.
Fleury8,8 kil.Criquetot2 kil.
Boos 12 kil.Vinemerville2 kil.
Rouen 119,1 kil. 9,7 kil.Les Petites Dalles8 kil.

 Total : 183 km 5

Nous nous bornons à indiquer l'itinéraire le plus direct mais d'autres parcours, légèrement plus longs, principalement celui suivant la vallée de la Seine, sont des plus pittoresques.
Il y a 50 ans, on ne voyait aux Petites Dalles que des maisons couvertes en chaume, habitées par de pauvres pêcheurs. Quelle différence Les chaumières ont disparu, les pêcheurs sont rentiers, et de ravissantes villas couvrent maintenant l'étendue de ce sol presque abandonné.
Et qu'a-t-il fallu pour que cette transformation s'opérât si brusquement ? Le séjour d'une noble dame:  Sa Majesté l'Impératrice d'Autriche.
En effet, on se plait à reconnaître que, depuis ce moment, les Petites Dalles ont pris une importance telle qu'il n'est pas une famille fréquentant les bains de mer qui n'ait vu ou entendu parler de cette plage.
(Guide Normand. J. Lefebvre. -Fécamp, 1896)
La station balnéaire des Petites Dalles, une des plus rapprochées de Paris, est située dans un des coins les plus attrayants de la Normandie. Elle est environnée de bois magnifiques qui viennent pour ainsi dire jusqu'au bord de la mer. Sa belle plage de sable fin, à marée basse, à laquelle on accède en toute liberté sans avoir aucun droit à payer, est très sûre. Elle permet aux enfants, et à plus forte raison aux grandes personnes, de s'y baigner en toute sécurité.
Elle est limitée à droite et à gauche par des rochers qui offrent aux amateurs de pêche - grands et petits - d'agréables distractions et est protégée en avant dès la mi-marée et à marée basse par le banc de rochers des Catelets qui est parallèle et qui en est distant de 300 mètres. Un vaste lac à fond de sable fin, d'une pente insensible, se forme à marée descendante à la grande joie des pêcheurs de crevettes et des enfants qui se trouvent dès lors à l'abri des vagues, même par les plus gros temps. La pêche aux salicoques (grosses crevettes dites bouquets), qui se fait avec des balances de filet, ainsi que celle aux crabes et aux homards, que l'on trouve sous les roches, sont le passe-temps favori des baigneurs. Ses magnifiques falaises, très accessibles, du haut desquelles on découvre un horizon splendide, mettent le pays à l'abri des vents de mer souvent si désagréables dans les localités mal protégées.
C'est une plage de famille par excellence, où l'on trouve le repos que la vie active des grands centres rend si doux, si nécessaire et si salutaire.
Des maîtres-nageurs sont toujours présents au moment des bains et accompagnent les personnes craintives ou voulant apprendre à nager. De même qu'une corde permet aux personnes ne sachant pas nager de se tenir quand la mer est forte. Une barque surveille les nageurs pendant la durée des bains.
Des bains chauds d'eau de mer, de varech et d'eau douce confortablement tenus sont ouverts pendant toute la saison balnéaire, à l'Hôtel des Bains.
La plage est garnie, par les soins de la «Société anonyme de la Plage» de cabines qu'on peut louer pour la saison, par mois, ou momentanément pour prendre des bains. On trouve des costumes et tout le linge nécessaire. Des bains de pieds chauds sont donnés aux baigneurs de la plage qui le demandent. En un mot, on peut se procurer tout le bien-être desirable.
De belles villas et des maisons modestes très propres et coquettes, presque toutes entourées de jardins remplis de fleurs, offrent aux familles de confortables abris pour la saison ou pour une durée moindre.
Trois hôtels sont à la disposition des touristes et baigneurs.
Soirées théâtrales et dansantes.
Voitures et automobiles pour excursions.
Promenades en mer.
Approvisionnements faciles, variés et excellents.
Médecins, pharmacien toute l'année à Sassetot-le-Mauconduit (2 kil.)
Professeurs de musique et autres.
Chapelle pour l'exercice du culte catholique.

Stade Dallais. -Plusieurs courts de tennis, croquet, portique de gymnastique, balançoires, salles de fêtes.
Concours des Plages du «Matin».
Location et réparation de bicyclettes.
Journaux et location de livres.
Poste, télégraphe et téléphone.
Location de pianos.
La beauté du pays, sa salubrité, le charme de ses collines et de ses bois, la pureté de l'eau, qui n'est modifié par aucun affluent d'eau douce, ont fait la vogue et le succès des Petites Dalles.



HISTOIRE DU CHÂTEAU DE SASSETOT

La terre de Sassetôt, confisquée en 1204 par Philippe Auguste, fut donnée par ce prince à la maison d'Harcourt, une des plus puissantes de Normandie. Après avoir été longtemps l'apanage de cette famille, puis des maisons de Mauconduit et d'Estouteville, elle fut vendue à Louis de Moncel en 1598, par Marie de Bourbon, dame de Saint-pol et d'Estouteville, veuve de Léonor d'Orléans, duc de Longueville.
C'est en faveur de Louis de Moncel qu'Henri IV érigea la terre de Sassetôt, en plein fief de Haubert, sous le nom de fief de Moncel-Sassetôt. Quelque temps après, elle passa dans la noble famille de Bigot. Haut et puissant seigneur Jean Robert Bigot, président à mortier du Parlement de Normandie, conseiller du Roi, posa la première pierre du Château actuel le 11 août 1772.
Le château passa ensuite à sa fille qui avait épousé vers 1790 le Marquis de Martinville, gentilhomme de la Chambre du roi sous la Restauration. Celui-ci, à sa mort en 1858, le laissa à son neveu, le Marquis de Boihèbert, qui le vendit en 1873 à M. Albert Perquer, beau-père du Comte de Mun.
M. Albert Perquer a laissé, dans un volume intitulé «Une villégiature impériale», le récit du séjour que fit à Sassetôt du 31 Juillet au 27 septembre 1875, l'Impératrice Elisabeth, femme de l'empereur François-Joseph d'Autriche, accompagnée de sa fille l'archiduchesse Valérie.
Une chute de cheval dans le parc du château contraignit l'impératrice à garder la chambre pendant trois semaines. Remise, elle ne remonta plus à cheval à Sassetôt. Mais dès son accident, elle reçut la visite, la seule d'ailleurs de tout son séjour, d'un homme de haute taille, portant des favoris, à qui l'archiduchesse Valérie prodigua des marques d'affection. Tout le monde, y compris M. Albert Perquer le prit pour l'empereur François-Joseph. Ce personnage ne sortit pas du parc pendant le peu de temps que dura son séjour et disparut aussi mystérieusement qu'il était venu.
Cette chute de cheval devait donner lieu à toute une légende. Bien des années après, à la suite du drame de Mayerling, l'impératrice découvrit que sa cousine et amie, la Comtesse Larisch, avait servi d'intermédiaire entre l'archiduc Rudolph et Marie Vetsera au début de leur liaison et avait participé à toute l'intrigue qui avait abouti au suicide des deux amants dans le pavillon de chasse de Mayerling.
Outrée de ce qu'elle considérait comme une déloyauté à son égard et la tenant, dans une certaine mesure, comme responsable de la mort tragique de son fils, l'impératrice coupa court à toutes relations avec la Comtesse Larisch et lui tourna le dos devant la cour.
Furieuse à son tour, la Comtesse Larisch déclara que, puisqu'il en était ainsi, elle dirait toute la vérité concernant le séjour de Sassetôt, dont elle donna une version dans ses Mémoires.
Selon la Comtesse Larisch, l'impératrice aurait choisi Sassetôt (près de la mer et assez isolé) pour y venir clandestinement accoucher d'un enfant naturel. L'accident de cheval aurait été simulé, elle aurait été transportée de nuit dans une maison du voisinage pour y mettre au monde une fille et les trois semaines passées dans sa chambre au Château auraient permis à l'impératrice d'attendre ses relevailles. Bien des points demeurent obscurs dans ce récit, bien des points sont également troublants. Quoiqu'il en soit, la Comtesse Larisch prétend que "la petite fille de Sassetôt" comme elle l'appelle, la fille naturelle de l'impératrice, aurait été transportée en Autriche, bien des années après aux États-Unis, où elle épousa un italien, du nom de Landi. Ils eurent une fille l'actrice de cinéma, aujourd'hui morte, Elissa Landi. Il est certain qu'Elissa Landi ressemblait d'une façon frappante à l'impératrice Elizabeth.
Le mystère reste donc entier ainsi que celui de l'identité du personnage qui vint rendre visite à l'impératrice durant l'été de 1875. Maurice Paléologue, à la fin de sa vie, s'était intéressé à la question. Il assurait que si ce personnage avait été l'Empereur FrançoisJoseph, on trouverait trace de son passage en France au Ministère des Affaires Etrangéres. Car, même pour une visite incognito, des mesures de police auraient été prises. Les archives du Ministère des Affaires Etrangères, consultées par Maurice Paléologue, ne révélèrent aucune trace d'une visite en France de 'Empereur François-Joseph pendant l'année 1875.
Mais si le mystère reste entier sur les raisons de ce séjour, le souvenir du séjour lui-même de l'impératrice à Sassetot reste très vivace dans la région.
Et même de nos jours, dans notre coin de Normandie, quand on évoque 1875 et le Château de Sassetot, on ajoute toujours "l'année de l'impératrice Sissi".