Textes et images du bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites-Dalles

1993

Centenaire de la mort de Guy de Maupassant
Un écrivain cauchois : Guy de Maupassant



Guy de Maupassant est né le 5 avril 1850 au château de Miromesnil ou à Fécamp (la controverse n'est à ce jour pas encore tranchée). Sa mère, Laure de Poitevin est la soeur d'un des grands amis de Flaubert qui sera son père spirituel.
Guy fait ses études au lycée Napoléon (aujourd'hui, Lycée Henri IV) à Paris où sa famille est venue s'installer. Ses parents s'entendent très mal et finissent par se séparer. Il part à Etretat avec sa mère et son jeune frère, poursuit ses études à Yvetot puis à Rouen. Bachelier en 1869. ii s'inscrit à la Faculte de Droit de Paris.
En 1872. lI travaille au Ministère de la Marine et des Colonies, fréquente les guinguettes et canote sur la Seine. Il travaille sous la direction de Gustave Flaubert chez qui il rencontré Zola, Daudet, Edmond de Goncourt, Hérédia.
De 1877 à 1881, il écrit Une Vie, Boule de Suif, La Maison Tellier, voyage en Algérie, dénonce le colonialisme français, collabore à une revue "Gil Blas", publie Mademoiselle Fifi, les Contes de la Bécasse, Bel-Ami, le Horla, Pierre et jean...  pour ne citer que ses oeuvres les plus connues.
Malade depuis 1877 de la siphylis, il connaît une aggravation de son mal avec des états maniaco-depressifs. Il entre dans la clinique du Docteur Blanche à Passy et meurt en 1893 a 42 ans.
Guy de Maupassant est un écrivain de la modernité au sens où il vit, connaît le succès, s'enrichit par sa plume. Son yacht en rade de Cannes au nom de Bel-Ami acheté par le succès de son livre, la maison construite à Etretat, La Guillette, l'attestent. Ecrivain garçon et noceur, il n'en est pas moins un scrupuleux observateur de son temps, et plus que tout, un artiste à la plume de génie qu'admira Flaubert et qu mérite à l'égal de cet autre grand écrivain normand, toute notre admiration.
Avec Maupassant nous parcourons toute la Normandie, de Dieppe au Mont-Saint-Michel, les terres étendues et son littoral où se dressent les falaises crayeuses. Nous pénétrons au coeur du Pays de Caux qu'il décrit comme un vaste parc interrompu par des hêtres et des peupliers, scandés par des fermes, la côte qu'il présente comme une falaise droite telle une muraille, interrompue par des échancrures "aux pentes rapides couvertes de gazon ras et de joncs marins", "aboutissant par des ravins semblables au lit d'un torrent" laissant découvrir dans leur creux un village "blotti ou s'engouffre le vent du large".
Qui mieux que lui a décrit Etretat et ses falaises, "admirable route entre le ciel et la mer, qui vous promène au bout du monde, au bord de la terre, au-dessus de l'Océan". C'est là qu'il rencontre les peintres Courbet et Corot, le musicien Offenbach et tous les artistes du moment qui se retrouvent tous sur la côte normande. Nous pouvons trouver dans son oeuvre une fantastique richesse d'informations sur les Normands, paysans, pêcheurs. noblesse plus ou moins décadente, riches bourgeois. Il n'est point de meilleur guide que ses romans pour comprendre la langue cauchoise, comment se font la récolte des pommes, la préparation des douillettes, ce que sont une caloge, une marnière, à l'automne une chasse a la bécasse. Nul mieux que lui n'a su évoquer avec ses tempêtes, ses contrastes violents, sa lumière transparente, ses couchers de soleil pourpres. ce qu'il a appelé lui-même la "sensualité" du Pays de Caux.

Jacqueline SUDAKA-BENAZERAF